Femme à la Une : Vanessa Kanga, fondatrice de l’Afropolitain Nomade

Article : Femme à la Une : Vanessa Kanga, fondatrice de l’Afropolitain Nomade
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15 janvier 2021

Femme à la Une : Vanessa Kanga, fondatrice de l’Afropolitain Nomade

La culture est la possibilité même de créer, de renouveler et de partager des valeurs. C’est le souffle qui accroit la vitalité de l’humanité, nous rappelle un proverbe africain. En prélude du lancement du festival Afropolitain Nomade qui a lieu ce vendredi 15 janvier à Douala et à Abidjan, entretien avec cette grande femme de culture et de charisme, celle qui est à la tête de ce festival depuis maintenant 8 ans. Diplômée en management international de l’école d’administration publique du Québec (ENAP), elle a reçu de nombreuses distinctions, dont le prix de l’engagement citoyen des Offices Jeunesse internationaux du Québec en 2012 et le prix Vivre Ensemble de l’Organisation internationale de la Francophonie en 2016. Vanessa Kanga, aussi surnommée Veeby Afrosoul, est notre tchewôlô à l’honneur.

Crédit photo : Doro Saiz

Tchewôlô : C’est un plaisir de pouvoir échanger avec vous. Parlons de votre bébé du moment, le festival Afropolitain nomade. Comment tout a démarré ?

V.K. : C’est un plaisir, je vous en prie. Le festival Afropolitain Nomade est un événement culturel multidisciplinaire, qui met en scène les acteurs du monde de la musique et du monde des arts visuels de trois continents : l’Amérique du nord, l’Europe et l’Afrique. L’objectif de ce festival est de faire en sorte que ces personnes partagent leur engagement, leur façon de créer. L’objectif est de montrer à tout le monde que les territoires en Afrique sont beaux, que les gens ont de vraies entreprises culturelles et qu’il est possible de déployer un évènement d’envergure dans une capitale francophone.

T. : En tant que fondatrice du festival, comment s’organiser pour le mettre en place ?

V.K. : L’équipe avec laquelle je travaille est composée de personnes extrêmement créatives. Le nombre de personnes qui m’aident dépend des villes et des endroits du festival. Je travaille avec une équipe de 5 à 10 personnes chaque année, en fonction de l’ampleur de l’évènement. Cette année, on a essayé d’apporter une nouvelle façon d’innover pour produire, diffuser et mettre en valeur l’art sur le continent africain.

T. : Quelle est cette « nouvelle façon d’innover » ?

V.K.  : Nous nous sommes dit qu’il fallait trouver un moyen de toujours susciter l’engouement autour du festival sans rester dans la normalité,  dans un lieu déjà connu par les festivaliers. Nous avons donc créé cette édition Afropolitain Nomade, où concerts et performances se dérouleront dans plusieurs pays. L’idée est d’amener les gens à découvrir différents endroits et de montrer qu’en Afrique, nous avons des artistes et des personnes du milieu de la culture qui travaillent, qui ont des activités et que cela fonctionne. Nous sommes en collaboration avec les instituts français de plusieurs pays africains comme le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Tchad et le Rwanda. Afropolitain Nomade explore toute l’Afrique.

T. : Avec le coronavirus, quelle sera la particularité du festival cette année ?

V.K. : Pour préparer le festival sous pandémie, mon équipe et moi avons pris du temps pour bien ficeler les choses. Je ne voulais pas rester dans l’option « tout numérique » : étant moi-même artiste, je sais ce que le public représente. Ce n’est pas la même chose de donner un concert devant un écran, dans sa chambre, que de faire un show devant un public. Pour moi, ce n’est pas respecter l’artiste que de le laisser faire un spectacle sans public. Alors, cette année sera une édition hybride, avec des spectacles en live et en ligne également. L’ouverture sera pour ce vendredi 15 janvier dans les instituts français de Douala et Abidjan. Nous avons organisés ces concerts pour permettre aux artistes ne pouvant pas se déplacer à Kigali de faire des spectacles en live. C’est aussi comme ça que l’on définit la partie « nomade » de l’Afropolitain.

T. : Comment se fait la sélection des artistes qui participent au festival ?

V.K. : Je parle sous le couvert de Freddy Massamba, directeur artistique du festival. La première chose que l’on regarde, c’est la qualité de ce qu’ils produisent. Il faut que cela soit bon. L’important est la beauté des œuvres. Ensuite, il faut aussi que ce que proposent les artistes soit éveilleur de conscience, que cela aille dans le sens du festival. Aussi, il y a la langue française : en dehors de l’Amérique du nord, de l’Afrique francophone et de l’Europe, nous essayons d’intégrer d’autre pays des Caraïbes, comme Haïti. Dans tous les cas, le message véhiculé doit être en français. Le Rwanda sera le premier pays en dehors de l’Afrique occidentale et centrale à accueillir le festival.

T. : Avez-vous fait face à des difficultés pour organiser l’Afropolitain Nomade ? Comment les avez-vous géré ?

V.K. : Bien sûr, nous avons fait face à énormément de difficulté, surtout sur le plan financier. Au début et même maintenant, il est toujours difficile d’avoir des appuis financiers ou logistiques. Mais nous sommes des champions de la débrouille et nous nous sommes toujours associés à des entrepreneurs créatifs et chevronnés du continent. Nous avons eu de beaux partenariats dans chacun des pays où nous sommes allés : avec les institutions culturelles, les ambassades du Canada et les institutions du Québec. Chacun nous a vraiment accompagné pour déployer ce projet.

T. : Comment s’est initiée la rencontre avec l’équipe Mondoblog ?

V.K. : La rencontre avec Mondoblog s’est faite grâce à Françoise Ramel, une Mondoblogueuse française engagée dans la culture. Elle m’a mis en lien avec Camille de RFI-Mondoblog et nous avons eu l’honneur et le plaisir d’accueillir une dizaine de Mondoblogueurs pour notre édition du festival en 2019 à Abidjan. C’est une magnifique initiative qui permet aux jeunes africains de se raconter eux-mêmes, à l’intérieur de leur environnement. Cela m’a séduit chez Mondoblog : donner la parole à ceux qui sont sur le terrain. L’esprit du festival, c’est aussi ça.

T. : Dans nos entretiens avec nos Tchewôlô, nous posons toujours cette question : comment vous décririez-vous en tant que femme ?

V.K. : Je pense que je suis une femme qui pense consciemment qu’être femme n’est pas un handicap. Le fait d’être Africaine, pour moi, est un redoutable atout, dans l’ensemble des entreprises que j’ai toujours menées. Je me considère comme une personne à part entière, qui a de grand rêves, des ambitions pour son continent et qui pense que l’art est un merveilleux vecteur de changement social. Dans le travail, je suis une responsable ouverte à la discussion, aux débats constructifs et je suis toujours à la recherche de solution. C’est ainsi que je me définirais. 

T. : Selon vous, quel regard le monde doit avoir sur les femmes travaillant dans la culture ?

V.K. : Dans chacune des capitales où l’on va, et cela depuis le début du festival, il y a toujours une conférence sur la place des femmes dans la culture. On valorise l’engagement, l’implication et les réalisations des femmes de la ville qui accueille le festival. Celles qui participent à la conférence sont entrepreneures, artistes, académiciennes, journalistes… C’est très important. Travaillant dans la culture, je me rends très souvent compte que je suis la seule femme au milieu de plusieurs hommes. C’est quelque chose qu’il faut briser avec le temps et pour cela, nos filles, nos petites sœurs, nos cousines, nos tantes ont besoins de modèles. Elles ont besoins de se dire que c’est possible et la seule façon de le faire, c’est de voir d’autres femmes partager leur expérience, partager leur obstacles et la façon dont elles gèrent les difficultés.

T. : Quel conseil donneriez-vous aux femmes africaines ?

V.K. : Ce que je dirai aux femmes africaines, c’est que nous sommes sur un beau continent. Notre territoire est vaste, diversifié. C’est à nous de l’exploiter, c’est à nous de le valoriser et surtout, il n’y a rien qu’on peut faire sur cette terre, si on n’a pas un peu d’audace et de courage. Donc osez, et ayez le courage d’oser.

T. : Merci encore pour votre disponibilité et nous vous envoyons de bonnes énergies pour cette édition 2021 !

V.K. : Merci surtout à vous, j’espère qu’on se rencontrera.

Tchewôlô, femmes noires, femmes du monde, parlons d’elles !

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