LE DIVORCE « Pourquoi est-il mal perçu dans la société ? »
Le divorce n’est pas toujours un conflit. Il peut être un choix de paix, un respect de l’autre : reconnaître qu’on ne peut plus se rendre heureux. Un respect de soi : ne pas se trahir. Le Divorce est aussi une solution pour se retrouver.
Dans un couple en crise, il est important de poser les bonnes questions. Oser aller au cœur du malaise avec honnêteté et surtout sans violence, pour essayer de comprendre où on en est vraiment et si on peut ou veut avancer ensemble.
Pour moi, créer un climat tranquille pour discuter c’est :
- Choisir un moment calme, pas en pleine dispute.
- Dire clairement le sujet de la discussion : « Je veux qu’on parle sérieusement, parce que notre relation compte pour moi. »
- Poser des questions ouvertes et surtout ne pas accuser.
Il est très important que le couple comprenne l’ampleur des choses pour que la discussion soit profitable et lors de la discussion, il faut que les questions posées soient pour comprendre l’état du couple :
- « Comment tu te sens dans notre relation, en ce moment ? »
- « Est-ce que tu te sens écouté(e) et respecté(e) ? »
- « Qu’est-ce qui te manque aujourd’hui entre nous ? »
- « Qu’est-ce qui te pèse ou te fait mal dans notre relation ? »
- « Est-ce qu’il y a encore des moments où tu te sens heureux(se) avec moi ? »
Ce sont des questions qui, si elles sont répondues avec honnêteté, le couple comprendra sa situation pour ensuite évaluer l’engagement avec un autre questionnement que sont les questions relatives à l’évaluation du couple; permettant de voir si l’autre veut encore construire ou s’il/elle a déjà décroché :
- « Est-ce que tu veux qu’on essaie de réparer ce qui ne va pas ? »
- « Est-ce que tu crois qu’on peut redevenir proches, complices ? »
- « Qu’est-ce que tu serais prêt(e) à faire pour qu’on aille mieux ? »
- « Qu’est-ce que tu attends de moi, que je n’ai peut-être pas compris ? »
A la suite de cela, il faut parler des limites, des besoin et d’avenir. Ce n’est pas le lieu de menacer ou supplier mais dire ce qu’on ne veut pas et ce qu’on ne peut pas faire.
- « Pour moi, c’est essentiel de me sentir respecté(e) et écouté(e). Est-ce que tu le comprends ? »
- « Je ne veux pas continuer dans une relation où je me sens seul(e). Est-ce que tu ressens ça aussi ? »
- « Si rien ne change, est-ce qu’on est prêts à vivre ainsi encore longtemps ? »
Plus loin si la discussion est constructive, voici des questions qui peuvent aider pour le futur :
- « Qu’est-ce qu’on pourrait changer concrètement, dès maintenant ? »
- « Est-ce qu’on accepte de demander de l’aide extérieure, ensemble ? »
- « Est-ce qu’on peut faire une pause ou un bilan sans que ce soit un drame ? »
Si la discussion ne mène à rien et qu’il est difficile pour vous de vous parler (Bon si vous n’avez pas encore fait le choix de divorcer et que vous voulez essayer encore) il y a une autre formule : faire intervenir une personne extérieure. C’est parfois compliqué pour certaines personnes mais en vrai les témoins de mariage sont là pour ça. Ils sont sensés être un recours quand ça ne va pas. Il n’y a pas que les témoins, on peut parfois faire appel à une personne neutre (ami bienveillant, aîné sage) qui peut offrir une perspective utile, un soutien personnel (psychologue, coach). Afin de mieux comprendre tes besoins, tes limites et ta force intérieure. Il est vrai qu’en Afrique on utilise moins les psychologues pour comprendre et résoudre un problème mais on peut toujours essayer si on veut que ça fonctionne et faire une thérapie de couple. Aller voir un professionnel peut aider à débloquer des conflits que le couple seul n’arrive plus à gérer.
Vous savez, le mariage est un long fleuve pas du tout tranquille, il y a des hauts et des bas et pire, il y a souvent des tsunamis et des tempêtes. L’important c’est de savoir cela et comprendre quoi faire après ce genre de catastrophe. Poser les bonnes questions, c’est oser regarder la vérité en face, sans fuir, ni agresser. Parfois, ces conversations peuvent sauver une relation ou encore, elles montrent qu’il faut la laisser partir avec dignité.

Pourquoi le divorce est mal vu dans la société
Sous nos Cieux, le fait de divorcer est très mal vu. Limite on a envie de t’éjecter de la société et si tu n’es pas perspicace, tu vas t’en vouloir à mort alors que toi seul sait ce que tu vivais dans ce mariage. Le mariage est vu comme un engagement sacré ou à vie. À la vie, à la mort. Le divorce est considéré comme un échec personnel ou familial. Tu n’as pas réussi à gérer un foyer. Si tu es une femme, tu seras associée à la honte ou à la stigmatisation. Certaines religions interdisent ou découragent fortement le divorce. Les médias influencent beaucoup la perception en montrant tantôt des divorces destructeurs. Le regard sur les enfants issus de parents divorcés varie aussi. Les hommes et femmes divorcés peuvent être jugés différemment : souvent plus de pression ou de critiques sur les femmes. Les femmes, surtout, subissent souvent plus de pression morale et sociale à rester dans un mariage, même malsain. Le mariage est idéalisé : beaucoup de sociétés enseignent que le mariage est la clé du bonheur, de la stabilité, de la réussite. Donc, quitter ce cadre est vu comme un « échec », et non comme un acte de courage. Les traditions valorisent la stabilité : même dans la douleur, certaines cultures prônent l’endurance et le sacrifice pour « sauver la famille », en particulier de la part des femmes. Le divorce est souvent vécu comme une cassure familiale. Les gens pensent d’abord aux conséquences sur les enfants ou les proches avant de penser à leur propre bien-être.
Pourquoi les femmes sont beaucoup plus fustigées ?
Tu es femme, tu as réussi à te marier, et après quelques années tu divorces. Toi tu vas « lire l’heure », comme on le dit chez nous en Côte d’Ivoire. Les femmes sont souvent les plus fustigées en cas de divorce, c’est un fait. Que ce soit sur le plan culturel, sociétal et même religieux. Dans beaucoup de sociétés, surtout africaines, les femmes sont perçues comme les gardiennes du foyer et de la stabilité familiale. Lorsqu’un mariage échoue, on leur reproche souvent de ne pas avoir « tenu leur rôle », même si les responsabilités sont partagées. Cette attente démesurée est ancrée dans des siècles de patriarcat. Le foyer, c’est la femme alors qu’un foyer c’est 2 personnes. On le reprochera même les mauvais agissements de l’homme. Peut importe les raisons de son départ, on lui dira « tu n’as pas fait ton travail d’épouse ». « Tu as mal géré ».
Un autre point, les femmes divorcées sont encore perçues comme ayant transgressé un devoir moral. Si elles quittent un foyer, on dira elle n’est pas courageuse, elle a fui à la moindre difficulté, elle n’a pas pensé aux enfants. Sa vie sexuelle sera beaucoup surveillée, critiquée. Une femme divorcée qui se remet en couple ou mène une vie libre peut être jugée plus sévèrement qu’un homme dans la même situation.
Naître Femme est déjà un combat en plus.
Pourquoi le divorce est rarement vu comme un acte libératoire ?
À force de montrer les mauvais côtés du divorce, on oublie que c’est une solution pour libérer deux personnes. Aider un couple à renaître. C’est une solution pour permettre de mieux vivre et rayonner. Lorsque tout va mal, lorsqu’il n’y a plus d’issue, la solution c’est de partir. C’est permis et il y a des raisons à cela. Voyons le divorce comme une libération ou une reprise de contrôle sur sa vie.
- Il est reconnu que rester dans une relation toxique ou malheureuse peut être plus dommageable qu’une séparation.
- Ce n’est souvent qu’après un certain temps que les gens se rendent compte qu’ils se sont sauvés.
- Dans les films, les livres, les médias : on montre beaucoup de divorces conflictuels, destructeurs. On parle rarement de ceux qui ont retrouvé la paix, l’amour de soi ou un nouvel équilibre après.
- Ce n’est pas un échec de partir. C’est un choix courageux quand tout a été tenté, mais que la paix, l’amour ou le respect ne reviennent pas.
- On peut se séparer dans le respect, pour le bien des deux, et parfois pour le bien des enfants aussi.
- Si la souffrance est chronique, si la communication est absente, s’il y a violence (verbale, psychologique, physique) ou manipulation, il faut poser des limites fermes.
- Rester dans un mariage ne doit jamais se faire au prix de sa santé mentale ou de son intégrité.
- Ce qui blesse un enfant, ce n’est pas le divorce. C’est le conflit non résolu.
Mais en réalité, le divorce peut être un acte de survie, de dignité et d’amour-propre. Quitter une relation toxique, violente, ou simplement vide de sens, c’est faire le choix de se respecter, de se reconstruire. Quand un mariage va mal, il est essentiel d’agir avec lucidité, respect de soi et respect de l’autre. Ce qui compte, ce n’est pas de sauver le mariage à tout prix, mais de sauver les personnes qui le vivent.
Il faut changer la perception collective du divorce. Beaucoup de gens le voient encore comme une « fin triste », alors qu’il peut être une renaissance, une porte de sortie saine, et même un acte d’amour propre parfois d’amour pour l’autre aussi. Il faut faire comprendre aux gens que le divorce n’est pas un échec, mais une alternative salutaire. On doit changer le vocabulaire quand on parle de Divorce. Au lieu de parler « d’échec », on peut dire : « Un nouveau départ ».
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