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Comment aider une victime de violence

Violence, harcèlement, viol, voici des crimes qui n’ont pas cessé même avec l’arrivée de cette pandémie qu’est le Covid-19. Une victime est coincée avec son bourreau à la maison à sa merci : qui va l’aider ?

Je me rappelle de cette fameuse histoire récente de cette jeune fille qui est tombée du 3e étage de son immeuble à Yopougon Abidjan en Côte d’Ivoire. Une vidéo circulait sur les réseaux sociaux, l’on voyait son mari qui la tenait mais elle a tout de même chuté, heureusement elle est sortie saine et sauve. Les voisins ont signalé des violences conjugales, la femme a nié tout en bloc et a affirmé que son homme volait à son secours car elle avait confondue la porte avec le balcon…

La victime a du mal a signaler son bourreau, pourquoi ? La victime n’ose pas parler et va même jusqu’à cacher ce qui lui ai arrivée et supporter la douleur seule.

Le second sujet sur ma page Facebook était intitulé : COMMENT AIDER UNE PERSONNE VICTIME D’HARCELEMENT, DE VIOLENCE ET DE VIOL ?

https://www.facebook.com/tchewololeblog/posts/3063146637106060

Tous les intervenants sont unanimes : pour aider quelqu’un, il faut que cette personne accepte d’être aidée.

Pour la synthèse de ce sujet, j’ai fait appel à cette magnifique femme leader, médecin, conférencière, écrivaine, la docteure Aminata Kane. Elle nous a fait un récit bien détaillé et très instructif.  

Dans la peau d’une victime de violences…

Les paragraphes suivants traitent frontalement de la question du viol et ne sont donc pas adaptés à tous les lecteurs ou toutes les lectrices.

K., 24 ans, rentrait chez elle lorsqu’un taxi s’arrêta à son niveau. Il y avait déjà à son bord trois hommes, le conducteur et deux autres personnes. Rien ne laissait présager de ce qui arriverait… Le trajet se passait sans encombres jusqu’à ce qu’elle réalise que ses compagnons de route avaient pour elle d’autres intentions… Les portières ont été condamnées, elle était prise au piège.

Après avoir été dépouillée de tout ce qu’elle avait comme biens, les hommes ont décidé de s’offrir une récompense, son corps. Ce jour-là, voyant qu’elle avait ses menstrues, deux des trois hommes renoncèrent mais pas le troisième qui la viola avant de la laisser pour morte en bordure de chemin…

Quand elle reprit ses esprits, K. rentra directement à la maison sans rien dire à personne. C’est à son comportement que son patron se douta que quelque chose de grave s’était passé. Acculée, elle finit par lui raconter…

Dame X. était infirmière dans son pays, elle s’occupait des femmes dans sa communauté. Lorsque la guerre éclata, son village fut pris d’assaut par des hommes en armes, elle était alors enceinte de 6 mois. Dans un témoignage aussi glaçant qu’effroyable, elle racontera comment elle a été violée par plusieurs hommes avant de recevoir dans ses entrailles un bâton puis éventrée. Malgré tout, elle survécut à l’horreur de son viol…

F. était de ces jeunes filles dites faciles. Elle couchait avec le premier venu. Elle ne triait pas, les frères et même les conjoints de ses amies faisaient partie de ses conquêtes. Elle a été abusée par le nouveau mari de sa mère depuis sa classe de CE2 jusqu’en classe de CM2. Son beau-père lui avait dit que ce serait un secret entre eux et qu’elle était sa petite femme. Rentrée du marché plus tôt que prévu, sa mère les découvrira… Elle décéda six mois plus tard… À F., il a été dit : « Tu as séduit le mari de ta mère ! C’est toi qui a tué ta mère ! » Elle n’avait que 10 ans et n’a jamais eu l’opportunité d’expliquer quoi que ce soit…

Les femmes, victimes systématiques de violences basées sur le genre

Il ne se passe pas un jour sans qu’une femme ne soit violentée. Le viol des femmes et des enfants est utilisé comme arme de guerre. Les chiffres de l’agence des Nations Unies pour la Femme font froid dans le dos.

35% des femmes dans le monde ont subi des violences physiques et/ou sexuelles de la part d’un partenaire intime ou des violences sexuelles de la part d’une autre personne (sans compter le harcèlement sexuel) à un moment donné dans leur vie. Ce chiffre va jusqu’à 70% dans certains pays à l’échelle nationale. Les données montrent également que, chez les femmes qui ont été victimes de violences physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint, les taux de dépression sont plus élevés.

Chaque jour en moyenne dans le monde, 137 femmes sont tuées par un proche.

Plus de la moitié (51%) des victimes de trafic d’êtres humains dans le monde sont des femmes adultes. Les femmes et les filles représentent 71% des victimes, les filles seules comptant pour près de trois victimes sur quatre du trafic d’enfants. Près de trois femmes et filles victimes du trafic d’êtres humains sur quatre le sont à des fins d’exploitation sexuelle.

S’il est vrai que les hommes ne sont pas en marge de ces violences, les femmes demeurent les victimes les plus nombreuses.

Ces violences ne touchent pas que des adultes. Les enfants ne sont pas épargnés. En effet, une étude réalisée par l’ONG SOS Violences Sexuelles sur les violences sexuelles en milieu scolaire dans le district d’Abidjan en 2002 révèle que la prévalence des abus sexuels (viols, tentatives de viol, attouchements et harcèlement) au sein de la population scolaire soumise à son étude est de 27,2% ; plus de 10% des attentats à la pudeur sont réalisés dans un environnement scolaire ; plus de 15% d’entre eux sont perpétrés par des camarades de classe ou  du même établissement et 4% par des enseignants.

Être à l’écoute, mode d’emploi

Si les conséquences physiques de la violence sous toutes ses formes sont indéniables, celles qu’il faut le plus craindre sont les conséquences psychologiques. Au traumatisme physique s’ajoute le traumatisme émotionnel, psychologique. Pour mieux y répondre, il faut comprendre ce qui se passe dans la tête d’une victime de violence.

La victime d’une violence peut avoir plusieurs émotions et réactions. Ce sont entre autres :

  • Le déni ;
  • La culpabilité ;
  • La dépression pouvant aller jusqu’au suicide ;
  • Les mutilations comme se raser les cheveux, s’ouvrir les veines, se scarifier ;
  • Les délires ;
  • L’agressivité, l’hystérie ;
  • L’amour pour le danger ;
  • La peur de sortir seule, la peur des hommes, la peur du noir

Tout changement soudain, inhabituel dans le comportement d’une personne doit vous mettre la puce à l’oreille comme par exemple un enfant extraverti qui devient subitement introverti, un enfant sans histoire qui subitement plonge dans des travers comme la drogue, le tabagisme, la fréquentation de groupes d’amis peu recommandables, l’enfant qui fuit à la vue d’un tonton, qui refuse de le saluer, une femme qui change de chemin quand elle croise le chemin d’un homme, le regard qui fuit, les tremblements, la transpiration, en un mot, tout geste qui trahit un état de stress et de peur que vous n’aviez pas l’habitude d’observer chez la personne.

Convaincre

Que la victime soit un homme ou une femme, un enfant, un ado ou un adulte, c’est une VIC-TIME donc une personne qui a besoin d’aide, une personne en souffrance qui peut le montrer ou qui peut aussi très bien le cacher en fonction de sa personnalité, son éducation, ses expériences.

Vous pourrez rapidement être submergé d’émotions, rentrer dans une colère noire ; parfois même, vous aurez envie d’aller casser la gueule à l’agresseur, lorsque vous entendrez les histoires des survivants mais n’oubliez jamais IL NE S’AGIT PAS DE VOUS. Ne faites pas regretter à la victime de vous avoir raconté son histoire.

Armez-vous de sagesse et de force intérieure pour arriver à discerner et à avoir l’attitude la plus salutaire face à une victime.

Demandez à la victime ce que vous pouvez faire pour l’aider. Pour s’ouvrir à vous, la victime devra vous faire confiance et vous, vous devez mériter cette confiance et vous en montrer digne.

Sachez que rarement une victime admettra avoir besoin d’aide. Elle vous dira qu’elle est forte. Elle essaiera même parfois de vous dissuader de faire quoi que ce soit mais apprenez à reconnaître les signes extérieurs d’une souffrance intérieure.

Soyez présent. Soyez effectivement présent en lui offrant une oreille attentive et en pratiquant une écoute active. Ne lui coupez pas la parole chaque fois qu’elle parle pour l’interrompre, pour poser une question.

Ne l’obligez pas à parler si vous sentez qu’elle n’est pas prête à la faire. Ne forcez pas si vous voyez qu’elle n’a plus de force.

Ne vous emportez pas, ne vous impatientez pas quand elle met du temps à parler. Si vous lui montrez qu’elle vous perd le temps, elle ne vous dira plus rien ou ne vous donnera pas les détails qui peuvent vous donner des éléments de preuve.

Soyez patient.

Si vous voyez que vous ne pouvez pas aider parce que vous n’avez pas les compétences d’un psychologue, ayez l’humilité de le reconnaître et en attendant d’orienter la victime vers des experts, faites des recherches sur le cas, la typologie de la violence, ses conséquences et la réaction à adopter.

Rassurer

Ne brusquez pas la victime. Ne la jugez pas. N’employez aucun mot qui puisse lui faire croire que vous l’accusez d’être responsable de ce qui lui est arrivé, elle se sent déjà assez coupable vous que vous en rajoutiez. Ce dont elle a besoin, c’est d’être écoutée si elle a envie d’en parler ou si elle refuse d’en parler, que vous respectiez son silence, que vous écoutiez son silence vous parler à travers ses larmes.

Il faut savoir qu’une personne victime de violences est émotionnellement détruite. Et le processus de reconstruction commence déjà avec vous.

Protéger 

…Et rassembler des preuves: Une personne victime de violences surtout quand elles sont sexuelles se sent sale. Il n’est pas rare que ses douches prennent une éternité. Elle se frotte la peau jusqu’à la chair dans certains cas….sauf que cette première douche peut effacer toute preuve compromettant ainsi l’arrestation de son violeur. Ayez à l’esprit de recueillir le maximum de preuves que vous pouvez. Idéalement, vous devriez pouvoir convaincre la victime de se rendre à l’hôpital pour des prélèvements. Conservez ses vêtements, tout ce qui peut constituer des preuves contre l’agresseur, le tout dans le plus total respect de la dignité et de l’honneur de la victime. Prenez des photos si vous le pouvez de ses bleus, de ses plaies en vue d’une future plainte.

Mais il faut savoir que certaines victimes choisissent le déni. C’est d’ailleurs pour cette raison que la plupart d’entre elles préfèrent se terrer dans le silence et ne dénoncent pas leurs bourreaux. Garder leur agression secrète est une façon pour elles de se protéger de tous les regards haineux et accusateurs de la société. Aucune victime n’a envie d’être aux yeux de tous la personne violée, celle qui l’aurait cherché un peu quand-même, qui n’a eu que ce qu’elle mérite. Le déni est un mécanisme d’auto-défense. Ne soyez pas surpris si une victime perd la mémoire. L’amnésie peut être partielle ou totale. La victime ne fait pas exprès de ne plus se souvenir de ce qui lui est arrivé, elle peut vraiment ne plus se souvenir de rien.

En tout état de cause, il faut garder à l’esprit que la préservation la dignité de la victime et le respect de sa douleur. Chaque fois qu’il lui sera demandé de raconter son agression, ce sera comme remuer le couteau dans la plaie et une façon de s’exposer. C’est pourquoi dans le processus de prise en charge, il faut veiller à préserver la victime en évitant de multiplier le nombre de personnes auxquelles elle devra raconter son histoire.

Généralement les victimes ou survivantes ne portent pas plainte par peur de représailles ou de la qualité de leur futur.

Accompagner vers des structures de prise en charge

Les structures de prise en charge des violences existent mais sont encore largement insuffisantes et ne disposent pas de tous les moyens pour la prise en charge des victimes. Cela suppose que vous les connaissiez d’où l’importance de leur vulgarisation et de leur multiplication.

Une étude a été réalisée en 2008 sur les Violences Basées sur le Genre (VBG). On y trouve la cartographie des structures intervenant dans le domaine des VBG en Côte d’Ivoire.

Il faut savoir que la prise en charge est PLURIDISCIPLINAIRE et met en scène plusieurs domaines que sont la santé, la psychologie, le social, le juridique et le judiciaire.

Dans le cas spécifique du viol, il faut convaincre la victime à se rendre à l’hôpital pour être prise en charge de toute urgence. Si le violeur n’a pas utilisé une protection, un protocole de prévention du VIH devra être mis en œuvre. Test de dépistage, pilule du lendemain pour éviter une grossesse issue d’un viol, mise sous traitement ARV (anti rétro viral). Le patient est dépisté et mis sous traitement pendant trois mois avant d’être de nouveau testé.

Le risque d’attraper le VIH ou d’une grossesse sont autant d’arguments de taille auxquels vous pouvez avoir recours pour convaincre une victime de se rendre à l’hôpital mais attention, il ne s’agit pas de l’effrayer mais de lui faire comprendre que c’est pour son bien et que c’est pour la protéger. Une victime qui se sent protégée par vous vous fera confiance.

Réseaux sociaux et protection des victimes

A l’heure des réseaux sociaux, il y a une libération de la parole. Des cas de violences qui auraient par le passé, été passés sous silence sont dénoncés mettant fin à l’impunité grâce à la pression des internautes. Mais internet est un couteau à double tranchant. Dans le feu de l’action, il ne faut pas oublier que nous avons une responsabilité immense qui est de protéger toutes les victimes d’abus.

En prenant des photos, en enregistrant des audios, en postant sur internet, il faut garder ce mot à l’esprit : PROTÉGER.

Toute violence est une urgence pour la victime appelée à juste titre survivante.

Pour aller plus loin

Violences sexuelles et conjugales faites aux femmes et aux filles : quel regard porter sur la société ivoirienne ? Sylvia APATA, Juriste, Experte en Droits de l’Homme, Spécialiste des droits des femmes en Afrique : à lire ici.

CRISE ET VIOLENCES BASÉES SUR LE GENRE EN COTE D’IVOIRE: RÉSULTATS DES ÉTUDES ET PRINCIPAUX DÉFIS OCTOBRE 2008 : consultable ici.

Tchewôlô, femme noire, femme du monde parlons d’elles !

N’oubliez pas les consignes d’hygiène : se laver les mains fréquemment avec de l’eau et du savon, portez un masque de protection. Tousser dans le creux de votre coude. Respectez les un mètres ou plus entre vous. Un peu de discipline nous aidera à éradiquer cette maladie.

SORTEZ COUVERTS ET FAITES L’ESSENTIEL !


Covid-19 : La solidarité féminine comme rempart

Avec cette pandémie qui touche le monde, certains pays ont décidés de confiner leur population jusqu’à éradiquer cette maladie. Chez moi à Abidjan, on choisit de s’auto confiner, le confinement n’est pas obligatoire. Alors vu que je me suis auto-confinée et que je suis au chômage technique, j’ai repris la plume. Écrire libère l’esprit et lire nourrit l’âme.

J’ai démarré une série de discussion sur ma page Facebook Tchewôlô afin de maintenir le lien avec mes abonnés. Tous les sujets tourneront bien évidemment autour de la femme avec souvent des exceptions et nous aurons à la fin de chaque sujet une synthèse réalisée par une femme inspirante que nous appellerons la consultante.

Le premier sujet que nous avons abordé, traitait de la solidarité féminine: mythe ou réalité ?

Je n’ai réellement pas été surprise des dires de chacun des intervenants mais j’ai compris que c’est très important de promouvoir le TOUTES POUR UNE ET UNE POUR TOUTES, une sorte de tous pour un et un pour tous au féminin.

On entend régulièrement que les femmes entre elles, se font pas de cadeau. Que les vrais bourreaux de la femme, ce sont les femmes elles-mêmes. Certes, mais est-ce pour cela que nous devons affirmer que les femmes ne sont pas solidaires entre elles ?

Pour ma part, j’y crois très sincèrement. Solidarité est un mot féminin. Ce mot signifie entraide, se tenir main forte, porter secours à l’autre. Penser aujourd’hui que les femmes ne sont pas solidaires entre elles et utiliser cela comme une arme dans la lutte pour nos droits est une chose tellement mesquine.

La solidarité est féminine.

La solidarité est femme. Elle est ainsi depuis la nuit des temps. La jalousie, nos crises de nerfs qui profitent aux hommes pour nous désunir est fortuite. Oui, la polygamie, les postes en entreprises, les rivalités etc… Sont les outils que les hommes utilisent pour nous déstabiliser. Combien de femme se sont entre tuées, blessées, brisées, envoûtées pour un homme ou pour une place dans une entreprise ?

Ils ont peur de nous voir unies, peur de nous voir agir ensemble, peur qu’on soit forte seule mais surtout invincibles ensemble.

La solidarité est féminine.

A ma naissance, ma mère s’est faite aider par une sage-femme. Elle a aidé maman à me mettre au monde. Une fois arrivée, mes différents bains ont été faits par ma grand-mère, puis par ma mère elle-même. Mon aînée a pris soin de moi comme si j’étais sa fille avec l’aide de la nounou. Puis j’ai commencé à aller à l’école. J’ai rencontré des filles superbes à l’école. Parmi elles, certaines sont aujourd’hui mes meilleures amies. Pour mes fournitures, mes sœurs étaient là pour épauler les parents. Je suis venue en aide à plusieurs petites filles au collège et au lycée. Arrivée dans le domaine professionnel, j’ai fait la rencontre de femmes exceptionnelles qui m’ont adoptée. Je continue de recevoir d’elle des leçons de vie. J’ai créé ce blog pour honorer les femmes. Parce que pour moi, elles sont une merveille. Elles sont toutes battantes et doivent être célébrées

Les réactions de mes abonnés sur Facebook sont mitigées. Ils soutiennent quelque part cette solidarité entre les femmes mais restent méfiants. Lire les commentaires sur cette publicaiton.

Je me suis donc penchée vers ma marraine pour mieux comprendre ce sentiment mitigé, que les gens ont concernant la solidarité féminine.

Voilà ce qu’elle m’a dit:

« Oui oui oui la SOLIDARITÉ FÉMININE j’y crois fermement parce que Je suis de nature optimiste et je le revendique.« 

Les initiatives d’entraides par les femmes et pour les femmes se multiplient aujourd’hui. Je suis très heureuse et fière de faire partie d’une génération qui a conscience que seule la solidarité féminine pourra nous aider à aller de l’avant, Je pense aux liens, serrés, qu’on entretient toutes avec nos voisines. À ceux, précieux, avec nos amies. Et à ceux, vitaux, avec nos sœurs. Les clés de la solidarité féminine résident peut-être là : dans cette bienveillance, cette prévenance, ce respect, cette écoute, cette ouverture. Quand ça va bien, on se donne la main. Quand ça va mal, on offre son épaule, un sourire, un soutien aussi minime soit-il.

C’est pour moi le chemin assuré vers l’émancipation véritable de la femme. Des grandes dames telle que Nabou Fall qui n’est plus à présenter, cette afro-trotter qui traverse le continent pour se mettre au service des femmes. De grandes sœurs comme Sefora Kodjo qui se bat pour le droit à l’éducation des adolescentes, des jeunes dames extraordinaires comme Siata Traoré qui grâce à son blog transmet des messages, tire sur la sonnette d’alarme, sensibilise toutes celles qui ont le bonheur de lire ses lignes… la liste n’est pas exhaustive…

Oh oui je crois à la solidarité féminine, même si il y’a encore beaucoup d’égo entre les femmes, même si derrière les larmes d’une femme se cache bien souvent une autre femme, malgré des comportements peut honorables qui je suis sûre n’ont pas de longs jours heureux à venir. Je crois sans hésiter à cette solidarité qui se solidifie chaque jour un peu plus. Le chemin est long, mais nous avons déjà pris le départ et nous y arriverons certainement. »

Son dernier paragraphe m’a fait comprendre la réaction des uns et des autres. On peut ne pas s’aimer, on peut avoir des conflits d’intérêt mais nous sommes disponibles les unes pour les autres.

Et vous ? Quel est votre avis sur le sujet ?

Surtout n’oubliez pas, le Covid-19 est réel, lavez vous fréquemment les mains avec de l’eau et du savon, portez des masques de protections, sortez que pour le nécessaire et évitez tout contact.

MERCI !

Tchewôlô, Femme noire, femme du monde parlons d’elles!!


Femmes à la une : les pépites de Tchewolo

La jeunesse n’est pas éternelle, c’est dans cette étape de la vie que nous nous construisons, l’étape de tous les défis. La jeune fille dans cette étape a elle aussi d’énormes défis à relever, elle doit être battante, charismatique, intelligente, courageuse, objective, confiante.

Pour ce mois de mars, mois de la femme, nous avons décidé de mettre la lumière sur quatre jeunes demoiselles qui ont marqué notre admiration. « Une pour toutes, toutes pour une » est notre credo pour cette année 2020. Ensemble nous sommes fortes, ensemble nous pouvons déplacer des montagnes et faire bousculer les choses en notre faveur.

Elles sont styliste, mannequin, actrice et photographe. Elles ont décidé de répondre à nos questions et de nous parler de leur expérience. Ensemble découvrons ces visages connus ou pas, mais des pépites à suivre.

Lucie Gomba

Lucie Gomba, jeune entrepreneure, motivée à bloc pour atteindre ses objectifs, elle se définit comme une personne très joviale, très active, travailleuse, altruiste mais aussi colérique. Pour elle, il est impossible d’imaginer un monde sans femme. La femme est un être indispensable à l’humanité. « La femme c’est la beauté, la douceur, le courage, bref la femme c’est la vie. »

A la question concernant la solidarité féminine, Lucie, nous répond par l’affirmative. « Oui, les femmes se doivent d’être solidaire entre elles, s’entraider afin de faire évoluer les unes et les autres dans leurs domaines respectifs. S’apporter du soutien durant les moments conflictuels que nous pouvons rencontrer. »

Son arrivée dans la mode en qualité de styliste a été fait par un pur hasard ; étant employée dans une compagnie de téléphonie mobile, elle voulait mener une activité annexe afin d’arrondir ses fins de mois car elle ne voulait pas dépendre uniquement de son salaire. Elle a donc commencé à vendre des chemises pour hommes à ses collègues et amis, puis des robes.

« Il faut avouer que l’appétit vient en mangeant. Au fur et à mesure une réelle passion est née pour la mode et j’ai commencé à m’investir entièrement dans le stylisme. Aujourd’hui j’ai mon atelier, ma marque de vêtement et des employés. Mes tenues sont bien pensées, élégantes et très classes. Elles ont cette petite touche de créativité qui fait toute la différence. On ne passe pas inaperçue dans une tenue Kwiyiah (rires). »  Sa motivation unique, c’est son père. « Je lui dois tout dans cette vie. »

Comme dans chaque métier, il y a des hauts et des bas, des bons jours et des mauvais jours. Elle nous confie sa fierté lorsque Fée Clochette, une maquilleuse professionnelle et chroniqueuse sur Canal+ de l’émission Cœur de femme, a porté l’une de ses combinaisons et l’a postée sur sa page Facebook en faisant l’éloge de sa marque. Cela a vraiment créé quelque chose d’assez magique en elle. Et il y a ce jour où une cliente l’a menacé de salir le nom de sa marque sur les réseaux sociaux mais qui heureusement cela n’a pas eu lieu. Mais elle garde un mauvais souvenir de cette histoire.

« Soyez indépendantes ! Il n’y a aucun bonheur sans indépendance. Sachez compter sur vous-même et non sur un homme. »

Lucie Gomba

Nous sommes allés à la rencontre de Nambene Ouattara, jeune diplômée d’une maîtrise en communication, option journalisme.  Entrepreneure dans le domaine de la communication digitale mais aussi photographe et camérawoman, elle nous parle de sa passion pour la photographie. La jeune photographe définit la femme comme un être fantastique qui tient le monde en donnant naissance mais qui arrive à concurrencer les hommes sur le plan du travail. Pour elle la solidarité entre les femmes doit être primordiale. « Si les femmes veulent être fortes et dominer le monde, il faut qu’elles se mettent ensemble pour un monde meilleur. Comme on le dit, c’est ensemble qu’on arrive à aller loin. »

Nambene OUATTARA

Elle se définit comme étant une jeune fille rigoureuse, déterminée, infatigable, persévérante, et surtout croyante dans tout ce qu’elle entreprend.  Son amour pour la photo est venu avec le temps. « J’étais tout le temps accompagnée par des amis photographes et, de fil en aiguille, j’ai aimé le métier et aujourd’hui c’est le métier que je fais et que j’adore. Avec la photographie, j’arrive à transmettre, à m’exprimer.  C’est aussi une forme de communication. »

L’amour du métier l’inspire mais surtout la rage de convaincre le monde. Face aux enfants, elle déborde de créativité. Avec eux dit-elle : « la photographie est beaucoup plus naturelle. Ils inspirent l’innocence, l’amour et beaucoup d’espoir. Enfin je suis nostalgique quand je prends les images de ces enfants. »

Pour ce qui concerne les difficultés dans ce métier, elle évoque l’obtention d’un appareil photo. « Il faut dire que ce matériel est extrêmement coûteux. Les gens ne nous prennent pas au sérieux parce que pour eux ce n’est pas un métier et lorsqu’ils t’appellent pour des shootings et que tu donnes le prix de ta prestation, on trouve que tu es trop cher.  Pourtant ce qu’ils ignorent, c’est qu’il y a tout un tas de boulot à faire après une prise de vue. »

Nos parents ne comprennent pas souvent nos choix, ils préfèrent qu’on joue la sécurité. Nambene n’a pas échappée à cette règle. Elle nous confesse après un sourire, que ses parents n’ont jamais accepté qu’elle soit photographe.  » Pour eux, je suis une femme et ce métier est fait pour les hommes. Et le pire c’est qu’ils ne peuvent pas comprendre qu’avec tous les diplômes que j’ai obtenus, je ne suis pas assise dans un bureau. Pour mes parents, c’est un métier qui n’a pas de profit. Mais aujourd’hui, ils ont compris car grâce à la photographie, je suis camérawoman d’un ministre et ils sont fiers de moi. Je suis très heureuse d’avoir embrassé ce métier. » 

« La femme n’est pas un sexe faible, elle peut accomplir tout ce qu’un homme arrive à réaliser. Elle a les mêmes capacités et les mêmes objectifs qu’un homme a pour convaincre le monde. Il faut toujours réaliser son rêve quel que soit les obstacles qui vont se présenter à vous, et garder à l’esprit que nous sommes fortes et resterons toujours forte pour un monde rempli de défit ».

Nambene Ouattara

Vous l’avez certainement vue sur votre petit écran, cette jeune et belle actrice ivoirienne au teint d’ébène, étudiante en théâtre à l’INSAAC : Marie-Josée Nene. Un peu réservée, elle a du caractère car elle sait ce qu’elle veut. Elle a confiance en reste fidèle à ses principes.

Marie-Josée Nene

Pour Marie-Josée, la femme c’est d’abord la féminité : « C’est une mère, de la douceur, la tendresse. En gros la femme est une boussole. » Pour elle, il est possible d’avoir un monde avec des femmes solidaires, les unes envers les autres. « Être une femme, n’est pas du tout facile dans la société, se faire respecter, être écoutée quand tout va mal… Mais si elle sait qu’elle peut compter sur une autre pour l’épauler, elle devient plus positive et plus optimiste. »

La curiosité l’a amenée au cinéma, où est ensuite née une passion pour ce métier. Elle se dit prête à incarner tout type de rôle. « Je me donne pas de limites dans le choix des rôles, peu importe le personnage qu’on me propose je me mets dans les conditions pour accomplir ma mission. Ce qui est passionnant dans ce milieu c’est de pouvoir incarner tous les personnages de la vie – médecin, président, pilote, chauffeur, voleur, etc. »

En sa qualité d’actrice, elle se définit comme une jeune fille disciplinée, bosseuse et humble, ce qui est d’ailleurs très important pour évoluer dans le milieu.

Sa plus belle expérience, c’est d’avoir participer au projet Invisibles, la série qui l’a révélée. Elle y incarnait le rôle d’une jeune fille battante, qui devait travailler pour soutenir sa famille et faire face à toutes les atrocités de la vie.

« Ce qui me motive dans la vie c’est ma famille, mon passé et ma volonté de réussir et atteindre mes objectifs. »

Josée Nene

Cette pépite c’est Chantal Reine Kadjo, vous avez certainement vu ce visage quelque part sur des panneaux publicitaires à Abidjan mais aussi dans la sous-région ou encore dans la publicité à la télé. Titulaire d’un master 2 en création et management en cinéma et audiovisuel, mannequin, modèle, actrice, elle est aussi directrice générale de Precis’k Label, une vraie businesswoman. Elle se définit comme étant une fille de nature réservée, discrète mais les autres la qualifient de fausse timide.

Shoot by Evrad GUIE
Chantal Reine Kadjo

Sa définition de la femme est toute simple : « La femme c’est LA VIE. La douceur incarnée, la plénitude et le bien-être. La femme c’est l’amour et l’incarnation du courage. »

Pour ce qui est de la solidarité entre femmes, Reine nous dit que c’est possible. « Chaque femme est plutôt douce et affective alors par humanité, aucune femme ne pourrait voir une personne souffrir sans réagir. »

Passionnée par la mode, elle a commencé par se faire recruter dans une agence, puis c’est inscrire au concours Miss Côte d’Ivoire à Daoukro où elle a fini par être admise à la finale en 2014. Après le concours, elle a recommencé à participer à de nombreux castings puis la patience et le travail ont fini par payer et aujourd’hui elle vit son rêve.

« Ce qui me caractérise, c’est mon courage, ma douceur, ma rage de vaincre, mon travail et ma piété »

 Également actrice de cinéma, elle nous confie comment elle vit cette seconde passion.

« Je suis toujours très enthousiaste à l’idée de tourner parce que incarner différents personnages qui n’ont rien à voir avec ma personnalité, C’est des défis que je relève à chaque fois. »

Dans chaque domaine, il y a toujours des difficultés, pour elle le plus dur dans le métier de mannequin, c’est d’affronter le regard des autres, la peur de trébucher en défilant, la peur de ne pas donner le résultat recherché par le client. Mais elle a sa méthode pour gérer tout ça et pour démarrer une journée de shooting.

« Il faut toujours être fraîche donc déjà je prépare mon esprit de sorte à être moins épuisée les jours d’avant.  Le jour J, je me lève de bon matin, je fais ma prière, je prends une bonne douche froide et je me rends sur le lieu de tournage. Je suis passionnée et j’aime ce métier. Les expériences heureuses, j’en ai tellement eu que j’aurai du mal à toutes les énumérer.  D’ailleurs, j’en profite pour faire un coucou à toutes ces âmes vaillantes qui me font confiance et me donnent toujours ces grandes opportunités. Concernant les expériences malheureuses, je dirai non parce que « À quelque chose malheur est bon », c’est motivant ! »

« À toutes ces filles qui veulent se lancer dans la mode, je leur dirai : patience, courage et détermination. Vous pouvez y arriver ! Trouvez juste une bonne agence et allez très souvent vous-même à l’information… Par contre, faites attention aux travers du milieu de la mode. Bonne chance mesdames !« 

Chantal Reine Kadjo

Tchewôlô, femme noire, femme du monde, parlons d’elles !!!


Brise ton silence

Elle est vivante mais morte.

Elle est présente mais absente.

À l’âge de la puberté, à ses premières règles, sa mère lui fait savoir que désormais, si un homme la touche, elle tombera enceinte. Alors, elle va commencer à s’éloigner des hommes. C’est comme cela qu’on recommande à une fille de s’abstenir.

A l’école, on lui enseignera comment se protéger et comment calculer son cycle menstruel pour éviter les grossesses.  Encore des mesures à prendre, elle doit faire attention.

A l’âge de la maturité, on lui dicte comment gérer sa vie : comment une femme doit s’habiller, comment elle doit s’asseoir, comment elle doit rire, comment elle doit traiter son homme, être soumise à ce dernier et lui obéir. Elle n’a pas la parole quand un homme est là. Sa tâche à elle, c’est l’exécution.

Dans certaines familles, on ne cessera jamais de le répéter, elle n’a pas son mot à dire même quand il s’agit des choses qui la concerne.

Tellement de choses à supporter, tellement d’épreuves à surmonter avec ou sans aide. Une des choses auxquelles elle doit faire face aujourd’hui, est de se méfier des hommes qui l’entourent et qui entourent sa progéniture. Elle a pu et su gérer toutes les épreuves la concernant en qualité de jeune fille, mais elle doit aussi gérer des épreuves dans sa fonction de mère.

Brise ton silence

Je voudrais me pencher sur ces pervers que nous rencontrons sur notre chemin, dans notre vie. Depuis l’année dernière dans mon pays, en Côte d’Ivoire, on assiste à une vague de viol sur enfant, et d’enlèvement d’enfants et il se trouve après enquête que l’accusé est presque toujours un proche de la famille.

Vous savez, il y a toujours, dans la famille, ce cousin ou ce tonton que tout le monde aime pour sa spiritualité, son ouverture d’esprit et surtout son courage, mais personne ne peut imaginer le type de personne qu’il est réellement, le sale porc qu’il est…

Il est tellement sympa et généreux, qu’on ne peut penser que ce minable qui vit sous votre toit, s’éclipse chaque nuit pour se rendre dans la chambre de votre fille de maison ou de votre petite fille. Il va tenter de la toucher. Si elle se réveille et le voit, il va soit s’excuser soit insister. S’il n’a pas un bon retour, il va retourner dans sa chambre tout en espérant réessayer encore et encore jusqu’à avoir gain de cause. À la servante, il va demander de ne rien dire et, même s’il ne demande pas, elle ne va pas en parler. Car, dites-moi, qui va croire à l’accusation d’une inconnue face à un parent, un frère, qui est le type parfait et correct de la maison ? Elle va se taire jusqu’à ce que le pire arrive, un abus, un viol, une grossesse, ou alors elle s’en ira de la maison sans motif.

Le pervers prend toujours soin de son entourage. Si vous osez l’affronter, vous serez vue comme une peste. Il faut être rusée et s’armer de beaucoup de courage car vous risquez d’entendre des atrocités incroyables venant de personnes qui vous aiment (ou pas). Vous serez sûrement accusée, on dira : c’est de sa faute à elle, c’est impossible qu’il fasse cela ! Il n’est pas capable de telle bassesse voyons, on le connaît. Pourquoi elle ? Qu’est-ce qu’elle lui a montré ? Il ne va pas aller vers elle sans son accord ! Elle lui a certainement donné une occasion, une envie. C’est elle est la fautive. Et c’est ainsi que la victime devient l’accusée et l’accusé, la victime.

Décider d’attaquer son agresseur, son violeur ou un autre persécuteur, cela demande beaucoup de courage et de soutien.

On te condamnera et tes détracteurs seront des femmes, et oui malheureusement ! Les femmes entre elles ne sont pas jolies. Winnie Mandela disait : « les hommes dominent les femmes par l’intermédiaire des femmes elles-mêmes » et enfin la société te condamnera.

 N’attends pas, brise ton silence

Je parle de faits réels, j’ai vécu assez de persécutions dans mon adolescence. Je me souviens comment j’ai réussi à dévoiler les agissements de mon cousin qui depuis longtemps me persécutait. Traqué par cet imbécile depuis mon plus jeune âge, j’ai appris à le détester et j’ai cessé de lui accorder mon respect. Vu qu’il était mon aîné, bien évidemment je recevais de bonnes corrections : des gifles de sa part et des remontrances de la part de maman. Pour moi, le respect, il ne le méritait pas vu que par moment il essayait tard dans la nuit de s’approcher de moi. On dormait tous dans la même chambre jusqu’à ce que ma tante fasse la remarque qu’ à un certain âge il faut séparer les garçons des filles. Depuis lors, il se déplaçait de sa chambre à la nôtre. J’ai longtemps observé, j’ai longtemps analysé les choses et j’ai conclu qu’il fallait que je prenne garde à moi. Je surveillais donc mes arrières. Moi, une fille épanouie, extravertie, j’ai commencé à aimer rester seule dans mon coin, à écrire. Il me demandait toujours pourquoi j’étais affective avec les autres (nos amis) et pas avec lui. J’étais choquée quand il me demandais ça. Un jour j’ai ressenti une grande peur car nous étions que deux à la maison. Je m’étais permise de dormir dans la chambre de mes parents, qui étaient absents. Il a pénétré dans la pièce dans le noir et a essayé de me toucher. Sentant une main sur moi, je me suis levée en sursaut et j’ai allumé la lumière ; il était là debout torse nu avec un short. Je l’ai fixé, très énervée, et je lui ai dit de sortir de la chambre. Sans mot il a quitté la chambre. Mais je n’ai pas pu fermer les yeux de toute la nuit. Ce fut sa dernière tentative. Au petit matin, après 6 années de peur, j’ai décidé d’ouvrir ma bouche, de briser mon silence et de ne plus cacher ces atrocités. J’ai informé mon aînée, elle était choquée d’apprendre ce que je lui disais, et je crois qu’elle était désolée que j’eu à vivre tout ceci.

Ayant horreur de faire pitié, horreur de paraître faible, j’ai supporté et réglé moi-même tout ce qui m’arrivait. J’ai opté pour un style garçon avec ma coupe de cheveux, ma démarche, mes vêtements. J’ai pratiqué le foot, sous ma tenue d’école je portais toujours des baskets ou des tennis. Les hommes sont forts, il fallait donc que je ressemble à un homme. C’est ce que je me suis dit, on allait me voir différemment. Mes parents découvriront plus tard les actes ignobles de mon persécuteur, quand il a tenté la même chose sur ma sœur. Comme je n’étais plus là, il lui fallait une nouvelle victime. Ils étaient désolés et voulaient savoir réellement ce qu’il m’avait fait. Je leur ai dit qu’ aucune tentative n’a aboutie, heureusement. Je leur ai dit qu’ il n’osait pas aller plus loin ou user de la force. Vous n’allez pas croire ce qu’il a répondu quand on lui a demandé pourquoi il agissait ainsi ; j’étais stupéfaite quand j’ai entendu ses explications. Il a dit : « je crois que je suis somnambule car je ne suis pas conscient de ce que je fais à ces moments précis jusqu’à ce qu’on me réveille ». Merde, elle est bonne celle-là ! Somnambule ! Il se moque de notre intelligence dis donc ; je regrette de ne lui avoir pas laissé de cicatrice qu’il allait montrer à ses enfants. Tchiiips.

Mais bon, les choses ne sont pas alléesbien loin. Des réprimandes, car il ne faut pas exposer ce genre de choses… on règle ça en famille, et vu que rien de grave ne s’est passé, l’affaire était encore gérable. Je le déteste encore mais je pense rarement à ces choses-là. Cette étape de ma vie je n’y pense plus, je la refoule, je pense que je n’ai pas de séquelles.

Je crois que chaque parent doit être attentif et doit écouter la petite fille qui vit chez sous son toit, peu importe ses liens avec elle, familiaux ou amicaux. Une petite fille épanouie sera une femme accomplie. Prenez soin de vos filles. Ecoutez-les, aimez-les, chérissez-les et surtout observez-les. Observez les hommes qui rentrent dans vos vies et qui vivent chez vous.Observez leurs attitudes et habitudes avec les petites filles. Nous sommes arrivés à un stade de la vie où le cousin, le beau-père, le beau-frère, l’oncle ou encore l’ami peut avoir une influence sur vos enfants. Désolée mais les différentes situations exposées çà et là ont fait que nous sommes tous devenus parano. Notre culture nous enseigne l’hospitalité, la sociabilité et la solidarité mais l’attitude de nos hôtes fait que ces qualités disparaissent petit à petit pour laisser place à la méfiance.

Ma belle, ne te tais pas, parles et n’aies pas peur, il y a une oreille qui t’écoute.

Etes-vous conscient que, durant toute leur vie, les femmes sont confrontées à toutes ces choses ? Et si elles décident que cela doit se passer autrement, elle seront traitées de tous les noms…

Persécutées depuis leur enfance, elles ne connaîtront jamais une vie calme et paisible. Elle seront confrontées à des tas de difficultés que leurs semblables, les hommes, ne connaîtront pas.

Il leur faudra être fortes à tout moment et elles auront à se défendre pour tout et partout : cours familiale, école, lieu de travail, rue, véhicules en commun, et même dans leur propre foyer, et dans la vie en général…

Être femme comme le veut la société, c’est être comme le symbole des trois singes : fermer les yeux, fermer les oreilles et fermer la bouche.

Mais il est évident qu’on ne peut plus rester persécutées plus longtemps, a un moment donné il faut ouvrir les yeux, les oreilles et la bouche, il faut que cela cesse !

Il faut briser le silence pour sauver des vies.

Tchewôlô, femme noire, femme du monde parlons d’elles!


FEMME à la UNE: SANDRINE ROLAND, la dynamique

Un dicton nous dit ceci : « derrière un grand homme se cache une femme de feu » certaines femmes souhaitent que l’on dise plutôt, « auprès d’un grand homme se trouve une grande femme ou une femme d’honneur ». Pour ma part, peu importe la formulation, la finalité c’est de dire que la femme est le socle de la famille. Elle est celle qui porte le couple. L’homme et la femme doivent être des partenaires de vie, des associés. Trouvez la bonne personne pour atteindre vos objectifs et vous aurez la vie que vous désirez. Choisir son compagnon et faire de ce dernier, un associé est le challenge que notre Tchewôlô à l’honneur a réussi.

Femme, dynamique, battante, intelligente et charismatique. Scientifique puis diplômée en communication, celle que nous allons vous présenter est chef d’entreprise d’une grande agence de communication africaine AOS AFRICA, elle est maman de 03 magnifiques boudchoux. 

Notre Tchewôlô du mois de Janvier Mme Sandrine ROLAND

TCHEWOLO : Sandrine ROLAND, Merci de nous consacrer un peu de votre temps.

Sandrine ROLAND : Je vous en prie, c’est un honneur et un plaisir.

TCHEWOLO : Nous commençons toujours nos échanges par cette question : comment définissez-vous la femme ?

Sandrine ROLAND : Pour moi, la femme est un véritable don que Dieu a fait à l’humanité. Il me plaît de la définir comme l’éminente poète Maya Angelou le fait à travers « Phenomenal Woman / Femme phénoménale » dont je vous partage quelques extraits :

Femme phénoménale

Les jolies femmes se demandent quel est mon secret…

Je dis,

C’est dans la portée de mes bras, la largeur de mes hanches,

La foulée de mon pas, la courbe de mes lèvres.

Je suis une femme,

Phénoménalement.

Je dis,

C’est la flamme dans mes yeux, et l’éclat de mes dents,

Le balancement de ma taille et la joie dans mes pieds.

Je suis une femme,

Phénoménalement.

Les hommes eux-mêmes se demandent ce qu’ils voient en moi.

Ils font tant et tant, mais ils ne peuvent toucher

Le mystère qui m’habite.

Je dis,

C’est dans la cambrure de mon dos, le soleil de mon sourire,

Le tour de mes seins, la grâce de mon style.

Maintenant vous voyez bien pourquoi je ne courbe pas la tête.

Je n’ai pas à crier, cabrioler ou parler fort.

Quand vous me voyez passer, vous pouvez être fières.

Parce que je suis une femme

Phénoménalement.

Une femme phénoménale,

C’est moi.

TCHEWOLO : Si vous devez vous définir en 3 hashtags, qu’est ce qu’on aura ?

Sandrine ROLAND :

#Christ

#Famille

#Travail

TCHEWOLO : Pensez-vous que la femme africaine peut être autonome ? Pourquoi ?

Sandrine ROLAND :La femme africaine est par essence AUTONOME, résiliente, créative et travailleuse. Selon TV5 Monde, avec 27 % d’entrepreneures, l’Afrique détenait, en 2018, le record du monde de l’entrepreneuriat féminin. Les épreuves, mêmes incapacitantes ne l’arrêtent pas. Les injustices et les inégalités ne l’arrêtent pas. La maternité ne l’arrête pas. Je l’admire et je la respecte énormément.

TCHEWOLO : Racontez-nous comment tout a commencé avec votre entreprise Alpha Oméga Service Afrique (A.O.S)?

Sandrine ROLAND: L’histoire est longue, mais on va faire court.

Partant d’un projet d’étude sur lequel j’ai travaillé à l’université avec celui qui est aujourd’hui mon conjoint, nous avons bâti petit à petit cette agence intégrée de communication et marketing à l’ADN résolument africain. Nous avons très tôt compris, à travers nos expériences professionnelles et entrepreneuriales, que nous voulions révéler le potentiel et le talent de la jeunesse de notre continent, et rivaliser avec les plus grandes multinationales du domaine, et c’est ce que nous avons fait. Nous avons aujourd’hui une entreprise qui a, en cumulé, 20 années d’existence et de résilience. https://www.facebook.com/AOSAFRICA/

TCHEWOLO : Toutes nos félicitations. Comment on arrive à travailler avec son époux ?

M et Mme ROLAND lors de la cérémonie de remise de prix aux meilleurs Label Africain

Sandrine ROLAND : Ce n’est pas très compliqué surtout quand on est, à la base, d’abord des amis. Je ne suis pas en train de dire que c’est un long fleuve tranquille, mais nous avons défini des règles qui nous aident :

  1. Faire la part des choses
  2. Préserver la famille et les enfants en fixant des limites fermes
  3. Apprendre continuellement et renforcer nos capacités en permanence

TCHEWOLO : A quel moment arrive les enfants et comment vous gérez ?

Sandrine ROLAND: Les enfants sont arrivés par la grâce de Dieu durant ce parcours. Même si nous avons attendu un peu, nous sommes vraiment bénis d’avoir 3 enfants aujourd’hui, nous sommes conscients de ce que c’est par pure grâce. La meilleure formule pour « gérer », c’est de savoir déléguer. Mettre autour de soi un système de relais et d’aide, comme les nounous et leur faire confiance, est une des choses les plus importantes. J’ai décidé dès le départ de faire pleinement confiance à mes nounous et de les mettre à l’aise. Il faut aussi inculquer une certaine autonomie à vos enfants. Communiquer avec eux et leur donner l’espace pour s’exprimer est primordial. Leur apprendre à exécuter toutes les tâches ménagères et les encourager à affirmer très tôt leur personnalité, dans le respect bien sûr.

TCHEWOLO : Effectivement. Vous avez instauré un évènement dédié aux femmes et filles dénommé le FEEF. Parlez-nous de cet évènement ?

Sandrine ROLAND : Le FEEF, c’est une histoire à la fois personnelle et de plusieurs personnes. Dès ma vie estudiantine, j’ai été fortement touchée par la situation des femmes à travers le monde, et particulièrement dans mon pays natal.

le logo du FEEF

J’ai toujours voulu faire quelque chose pour aider, encourager, stimuler les femmes. A l’occasion de la crise traversée par la Côte d’Ivoire en 2010-2011, cette idée, presque comme une vocation, s’est furieusement réveillée. Mon conjoint et associé m’a encouragée en ce sens. C’est ainsi que le concept d’un Forum de l’Emploi et de l’Entrepreneuriat Féminin est né. Nous avons pris 3 ans pour le préparer et la première édition s’est tenue en Mars 2014.

Mon rêve à travers le FEEF est :

  • Que les mentalités en Côte d’Ivoire, et aussi en Afrique, changent afin que les femmes ne luttent plus pour trouver leur place.
  • Que toutes les femmes dépassent leurs freins et ceux imposés par la culture et la société afin de se surpasser.
  • Que les femmes s’aventurent également en créant dans tous les secteurs d’activités même ceux dits traditionnellement réservés aux hommes.
  • Qu’hommes et femmes puissent concilier ensemble vie professionnelle et vie personnelle.
  • Que les femmes chefs d’entreprise épaulent leurs consœurs porteuses de projets.

Aujourd’hui, c’est avec gratitude que nous pouvons dire que près de 15 000 femmes ont été formées, entièrement gratuitement, qu’une trentaine d’entreprises a été créée et que des centaines de parcours ont été réorientés pour une vie plus épanouissante. https://www.facebook.com/ForumFEEF/

Nous avons débuté au Burkina Faso l’an dernier et l’aventure du FEEF ne fait que commencer.

TCHEWOLO : J’ai toujours de l’admiration devant des femmes comme vous que l’Afrique a la chance d’avoir. Je suppose que vos journées ne sont pas monotones avec toutes ces casquettes. C’est quoi une journée de type pour vous ?

Sandrine ROLAND : Je me lève entre 4h30 et 5h30, et je commence toujours par la prière. Mes journées sont en général chargées. Je m’astreins à être avec mes enfants le matin avant le départ à l’école, quand je ne pars pas avec eux, ou alors à faire le trajet avec eux, ce qui nous permet de passer 45 minutes privilégiées ensemble. Je bloque mes samedis pour eux, sauf exception « très exceptionnelle » ou si je suis en mission. Ensuite je travaille, sans arrêt de 8h à 19h. Puis je rentre à la maison, moments de qualité avec mon époux et les enfants. Les dimanches, c’est bien sûr d’abord l’église en famille, puis je me concentre sur mon époux et les enfants, ainsi que sur les activités et visites familiales. En général je cuisine, car c’est pour moi une passion à laquelle je n’ai pas encore assez de temps à consacrer. J’espère pouvoir le faire plus à l’avenir. Voilà. Couchée en général tôt, sauf lorsque le travail l’exige, et là ce sont les nuits blanches devant l’ordinateur. Heureusement que j’adore mon travail !

TCHEWOLO : « Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie » dixit CONFUCIUS. Nous sommes à la fin de notre entretien, votre conseil pour les mamans qui hésitent à entreprendre à cause des enfants ?

Sandrine ROLAND: Je peux comprendre celles qui seraient hésitantes, car on a envie de tout donner à ses enfants, sans concession. Mais pour celles qui ont le profond désir d’entreprendre, les enfants sont plus un moteur qu’un frein. Pour ma part, j’ai toujours montré à mes enfants ce que je faisais. D’une part pour qu’ils comprennent et d’autre part pour qu’ils ne nourrissent pas de ressentiment vis-à-vis de cette activité si prenante. Nous les associons même parfois à nos activités. Ils se sentent encore plus importants et ils savent que ce que nous faisons, c’est pour eux. Tous mes encouragements aux MAMANSPRENEURES.

Merci à Mme ROLAND pour sa disponibilité, vous pouvez revoir cette interview sur la page facebook de l’émission « Les Maternelles d’Afrique » sur TV5 Afrique. https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=2464212886996245&id=1644193142331561

Tchewôlô, femmes noires, femmes du monde, parlons d’elles !